L'Histoire de l'Ecole

Faire mémoire de l’évènement fondateur, retrouver l’inspiration du commencement pour affermir nos convictions et envisager l’avenir, voici la volonté de ce document.
Aucun groupe humain ne peut se dispenser d’évoquer « l’événement fondateur », car notre présent repose sur un acte fondateur posé à une certaine date, à partir duquel une histoire commune commence. Lorsqu’un groupe veut reforger son unité il se réfère toujours à l’élan des commencements. Tans qu’il séjourne parmi les hommes, le commencement est comme une grâce qui entretien toutes choses.

Le 21 novembre 1885, les Filles de la Croix s’installèrent au 233 rue de Vaugirard.
Œuvre de placement pour les jeunes filles, patronage, école primaire des Filles de la Croix, maison de dames âgées, leur présence traverse les vicissitudes de l’histoire : expulsion des Congrégations enseignantes en 1904, les deux guerres mondiales, la crise de l’Eglise et des vocations religieuses. On s’imagine trop souvent que la vie des congrégations est un fleuve tranquille qui vit au rythme de l’éternité. Pas plus que les autres institutions humaines, elles n’échappent aux tourbillons de l’histoire humaine et de la vie de l’église.

D’où venaient-elles ? Que sont-elles devenues au cours des siècles ? Que font-elles aujourd’hui ?
Filles d’un lointain passé, elles venaient du grand siècle, le XVIIème. Les filles de la Croix sont nées d’une urgence apostolique.
En 1625, l’abbé Guérin demanda à quatre jeunes filles de se vouer à l’instruction des enfants pauvres et des femmes. Madame de VILLENEUVE a voulu alors instituer une congrégation de femmes sans clôture.

Madame de VILLENEUVE fut encouragée et conseillée par Saint François de Sales et Saint Vincent de Paul. C’est ainsi que les Filles de la Croix ont leurs racines les plus lointaines dans les quatre jeunes filles persécutées, de Picardie – elles furent accusées d’illuminisme. Mais la « voix du peuple » plus forte que celle des accusateurs les appela « Filles de la Croix » - encouragées par les grandes figures spirituelles du 17ème : Saint François de Sales, Monsieur Vincent Ignace de Loyola. Au fil des ans, les Filles de la Croix essaimèrent dans plusieurs provinces de France, chaque communauté inventant son propre visage. Mais de ces racines communes elles emportèrent toutes l’inspiration du commencement.

Au cours des siècles, elles se sont dispersées à travers la France, parfois même à l’étranger. Chaque rameau et, souvent même chaque communauté, avait un statut d’autonomie. Filles de la Croix de Roye puis de Saint Quentin, Filles de la Croix de Paris, du Puy, de Limoges, Filles de la Croix de Tréguier ou de Guingamp, toutes se sont développées avec un gouvernement autonome. Elles ont traversé les remous de l’histoire, guerres et révolutions, avec des fortunes diverses. Après 1830, hantées par le souvenir de la Terreur, effrayées par le retour des troubles révolutionnaires, les Filles de la Croix de Paris furent confiées par l’Archevêque de Paris, Monseigneur de QUELEN, aux filles de la Croix de Guingamp. En 1855, plusieurs prêtres demandèrent leur retour à Paris pour prendre en charge l’œuvre des jeunes filles.
Si chaque communauté a son histoire personnelle, aucune n’a échappé à ce signe mystérieux de la Croix qui avait marqué la fondation première. « Filles de la Croix », elles le furent toutes dans la tourmente révolutionnaire, les difficiles années de la reconstruction, l’exclusion en 1904 des congrégations enseignantes, accompagnées de la spoliation de leurs biens. Comme elles furent présentes à la détresse des temps de malheur « la soupe populaire » de 1932 rime tragiquement avec la marmite populaire du 17ème siècle.

Et toujours elles furent fidèles à leur première mission « apprendre à lire et à écrire gratuitement aux enfants pauvres », selon la formule de leurs premières Constitutions de 1641. Nous oublions trop facilement ce trésor de dévouement dépensé, jour après jour, le long de notre histoire, auprès des enfants, des malades et des pauvres, par les Congrégations par religieuses. Seules, en ce lointain passé, elles eurent le souci d’instruire les pauvres. Aucune histoire de l’enseignement ne peut l’oublier.

L’événement le plus important de l’histoire récente des Filles de la Croix est la tenace volonté de se retrouver dans une union. L’Union fut scellée entre sept congrégations, le 27 décembre 1976, rue du Bac. Elle le fut avec détermination mais aussi avec sagesse et souci d’équilibre.
D’abord, s’unir en référence à l’origine commune : les maîtres spirituels du 17ème et la contemplation du mystère de la Croix « pour la gloire de Dieu son Père et notre salut ». Mais aussi respecter l’histoire et l’identité spirituelle de chaque congrégation. Pour marquer qu’aucune congrégation n’était prédominante, elles choisirent de changer de nom.

Désormais, elles seraient la « Congrégation des Sœurs du Christ ». Au cours de l’histoire, chacune vénérait un aspect particulier du mystère du Christ : la Nativité, la Croix, la Royauté du Christ. Le nom adopté : « Sœurs du Christ – Union Mysterium Christi » signifie la volonté de vénérer « le mystère total du Christ » en intégrant les mystères particuliers vécus par chaque congrégation. L’union se fit, non dans l’exclusion, mais dans l’accueil des richesses spirituelles de chaque communauté.
Par-là, les sœurs rejoignaient l’intuition d’un maître spirituel du 17ème siècle qui fit partie de la pléiade des grands inspirateurs : Saint Jean-Eudes. C’est une grâce que chaque congrégation ait pu offrir sa richesse spirituelle en la fondant comme un joyau précieux dans la totalité du mystère du Christ choisi comme pierre angulaire, axe central de la nouvelle fondation.

Les Filles de la Croix de 1885 sont donc devenues « Sœurs du Christ » en 1976. Prolongeant la fondation de 1885, reliée à l’origine lointaine du 17ème siècle et à l’origine toute proche de 1976.
Tant que subsistent au sein du monde ces îlots de prière aux grandes heures du jour, l’essentiel est sauvé : cette attention à la grandeur de Dieu si chère aux pères fondateurs. Ce sont de petites îles au sein de l’immensité de la mer.

Etre une sœur du Christ, c’est assurer un service du prochain à l’intérieur ou à l’extérieur de la communauté. Ce service est multiple, humble souvent, mais toujours exigeant.
L’union a ouvert la congrégation à tous les vents du monde, aux besoins de l’Eglise universelle. Loin d’être un monde fermé sur l’hexagone ou l’Europe, elle est traversée par les appels du Chili, de Madagascar, de l’Afrique. Et la communauté du 42-44 rue des Volontaires ainsi que celle du 27 rue Mathurin Régnier sont lieux de passage des îles les plus lointaines, nécessaires escales de celles qui passent.

Sœurs du Christ, restez au milieu de nous, intériorisant la diversité des richesses spirituelles de votre lointain et proche passé, assurant le service de la gloire de Dieu par la prière, et le service du prochain par ce regard attentif porté sur tous, à l’imitation de celui que le Christ portait sur tous les êtres rencontrés sur les chemins de Palestine.
- Aimer et servir la Gloire de Dieu
- Aimer et servir les besoins du prochain.
N’est-ce pas la grande inspiration du « Commencement » ce que vous continuez à vivre, à votre manière, sur les routes de notre siècle ? Qu’elle vous habite toujours pour susciter autour de vous la renaissance que nous attendons tous !